Sofiane Sehili, de la Shimano Gravel Alliance, a beau vivre à Paris, cela ne l’empêche pas de rêver à des sorties sur son vélo de gravel. Un travail de fin limier lui a permis de découvrir que les possibilités de sorties en gravel près de chez lui étaient bien plus nombreuses qu’il ne le croyait.
Vivre dans une grande ville est très rarement associé à l’idée de la pratique du gravel. J’habite à Paris, avec 2 millions d’autres personnes (ou 10 millions si je compte le grand Paris). C’est ici que j’ai grandi et pendant longtemps, j’ai associé le vélo avec l’asphalte. Jusqu'au jour où j’ai commencé à pratiquer le cyclotourisme et là, j’ai découvert la joie de s’aventurer hors des chemins asphaltés, le contact avec la nature, l’absence de circulation. Je recherchais tout cela chaque fois que je me lançais dans un nouveau périple avec mon vélo. Et quand je rentrais à la maison, je retrouvais l’asphalte, d’autant plus que je travaille comme coursier à vélo.
Pour moi, il y a avait clairement deux univers distincts. D’un côté, les escapades auxquelles j’associais le gravel, l’aventure et la nature et de l’autre, le quotidien, fait d’asphalte, de travail, d’entraînement et de watts. Et puis, la Covid-19 est arrivée et les occasions de quitter la ville pour me lancer dans de grandes aventures sur les chemins poussiéreux sont devenues de plus en plus rares. Selon toute évidence, je devais étudier ma géographie locale afin d’identifier de potentiels îlots de gravel si je ne voulais pas condamner mon vélo de gravel à l’emprisonnement.

J’ai commencé par une série d’itinéraires qu’un ami avait publié sur komoot l’année dernière. Très vite, j’ai été surpris par la quantité de chemins autour de Paris adaptés à la pratique du gravel. Ces itinéraires étaient bien, surtout les plus courts. Quant aux plus longs, le pourcentage de route asphaltée était trop élevé à mon goût. J’ai donc commencé à les modifier. De retour à la maison après une sortie, je cherchais les options d’amélioration sur la carte. Parfois, je recherchais ces améliorations directement sur le terrain.
Le processus est lent, mais amusant et réconfortant. Plusieurs forêts se trouvent à proximité de Paris et chacune d’entre elles renferment un réseau incroyable de chemins plus ou moins étroits. Il y a également deux fleuves importants, la Seine et la Marne, ainsi que quelques canaux. Ceux-ci sont en général bordés de sentiers à usage multiple sur lesquels les randonneurs et les adeptes du gravel tentent de coexister de manière pacifique.

Si je décide d’aller faire du gravel, je dois débuter mon parcours sur les pistes cyclables qui me mèneront dans la banlieue. Là, la piste cyclable se convertit en chemin de halage non asphalté que j’emprunte jusqu’à ce que l’occasion de pénétrer dans une forêt se présente. Plus vous vous éloignez de la ville, plus la chance de tomber sur des chemins non asphalté au milieu des champs de colza, de blé ou d’orge augmente. Pour rejoindre un autre massif boisé, il faut alors emprunter des routes asphaltées plus étroites et moins fréquentées.
Certaines de ces forêts couvrent une surface respectable, comme la forêt de Fontainebleau au sud de Paris ou celle de Chantilly au nord. Une fois dans ces lieux, vous avez à votre disposition une combinaison infinie de chemins de gravier plus ou moins larges ou de sentiers serpentant sous les arbres. Personnellement, j’ai un faible pour la forêt de Chantilly avec ses pins et son terrain sablonneux qui me donnent souvent l’impression d’être dans le sud de la France, surtout quand le soleil brille et que le thermomètre affiche plus de 15°C.
Les voies ferrées réhabilitées en voies vertes sont plutôt rares dans la région, mais nous pouvons malgré tout compter sur un ou deux jolis exemplaires. Elles figurent parmi les destinations privilégiées des cyclistes qui préfèrent des pneus de gravel plus étroits. En effet, le revêtement est compacté et roulant. Une d’entre elles s’appelle le Chemin des roses. Elle doit son nom au train qui amenait les roses à Paris depuis le lieu de production pour être vendues. La ligne ferroviaire fut désaffectée en 1953 et les roses aujourd’hui viennent du Kenya.

Maintenant que je maîtrise les outils pour trouver les meilleurs itinéraires de gravel aux environs de Paris, j’adore les mélanger, trouver de nouveaux itinéraires pour relier la forêt de Chantilly à celle de Fontainebleau, créer des boucles plus courtes ou plus longues. Certains de mes itinéraires sont rapides et font la part belle aux chemins de halage et aux voies vertes. D’autres sont plus techniques et se concentrent principalement sur les forêts aux portes de Paris. Je dois avouer que ce n’est pas toujours une réussite. Je peux parfois tracer un itinéraire qui semble parfait sur komoot, mais quand j’arrive sur le terrain, je me rends compte que le chemin est trop détérioré pour y rouler sans suspension. Je dois alors chercher des alternatives.
Mon « Graal » serait de trouver l’itinéraire qui comporte le moins d’asphalte possible et qui ne fera pas regretter au cycliste d’avoir choisi le vélo de gravel ou au lieu de son VTT. J’adore partager ce travail et voir les commentaires d’autres cyclistes qui déclarent avoir vécu d’excellents moments sur un de mes itinéraires.
